Non retenu pour disputer l'Euro 2008, Jérôme Rothen est revenu sur cet épisode douloureux. Mais également sur ses dix ans de carrière et notamment son exceptionnelle saison 2003-04 avec Monaco.
Jeudi 24 juillet. 16h00. Le championnat de Ligue 1 n'a pas repris mais la saison, elle, a débuté depuis plusieurs semaines. Jérôme Rothen vient ainsi de terminer l'entraînement quotidien avec ses coéquipiers du PSG. Il nous rejoint au Murat, l'un de ses cafés favoris, situé Porte d'Auteuil à deux pas du Parc des Princes. Détendu, souriant mais « cramé par ces séances de costauds », il commande un jus d'oranges pressées avant de se livrer pendant presqu'une heure à nos questions. En exclusivité pour Women365 by Reebok, l'équipementier dont il devenu l'une des icônes football début 2008 aux côtés notamment de Thierry Henry. Deuxième volet de cette interview vérité.
Jérôme Rothen, il y a trois mois, Raymond Domenech vous écartait de sa liste élargie pour l'Euro. Comment avez-vous digéré cette déception ?
Très honnêtement, j'étais sûr d'être dans cette liste élargie. Et j'ai regardé la liste à la télé juste pour voir avec qui j'allais partir en stage ! Pendant un an, j'ai toujours été sélectionné, même quand nous n'étions que 20. Donc parmi 29, c'était une évidence... Je n'ai pas compris et j'avoue que j'ai été plus surpris que déçu. J'ai toujours montré quelque chose quand j'étais sélectionné mais bon, c'est le choix d'un homme et je l'ai respecté.
Raymond Domenech vous a-t-il expliqué pourquoi il vous avait évincé du groupe ?
S'il ne m'a pas pris, c'est qu'il avait ses raisons. Je n'ai pas dû donner assez sur le terrain. Je n'ai pas eu d'explications mais je m'en fous parce que de toute façon, je ne les aurais pas comprises.
Comment avez-vous vécu l'Euro dans cette situation ?
Vous savez, j'ai fait mon deuil de l'Euro. Et malgré tout, c'était dur, surtout quand j'ai regardé les matchs. J'ai vu certains de mes amis souffrir sur le terrain. Après cette élimination précoce, j'aurais préféré être avec eux pour partager cette période difficile. Mais paradoxalement, j'ai pris tellement de recul que je n'arrivais pas à être déçu pour eux.
Jérôme Rothen en Bleu, ce n'est pas pour autant terminé...
Des sélections, il y en aura d'autres et je n'ai pas dit mon dernier mot. Je n'ai que 30 ans et je ne suis pas carbo ! Quand je vois ce que les joueurs qui jouent au même poste que moi ont montré à l'Euro, je me dis que j'ai encore ma chance. Après si le sélectionneur annonce qu'il ne prendra plus Rothen, ce sera clair. Mais là, il ne l'a jamais dit ou fait comprendre...
« J'ai pas mal vieilli quand même »
Vous êtes joueur professionnel depuis plus de dix ans maintenant. La plus belle saison de votre carrière reste-t-elle la saison 2003-04 à Monaco ?
Cela reste l'année la plus enrichissante. Nous avons connu une année exceptionnelle au niveau de la vie du groupe et de l'ambiance au sein du groupe, du staff technique et médical. Et c'est grâce à cela que l'on a eu des résultats. Cette année-là, on aurait pu taper n'importe qui parce qu'on se sentait vraiment forts. Je souhaite à tout joueur pro de connaître une saison comme celle-ci. Tu vis ta passion de manière intense dans ces moments-là et c'est exceptionnel. Vraiment. C'est frisant... Quand tu connais des moments comme cela, je le crie haut et fort : le football est magnifique. Mon seul regret, c'est qu'on n'a rien gagné et je le garde un peu en travers de la gorge. Sur les quatre compétitions, on pouvait s'imposer...
Cette année, vous retrouvez Ludovic Giuly qui était aussi votre coéquipier à Monaco...
On parle encore de cette belle année et d'ailleurs, on se fait un peu allumer par Paul Le Guen et Yves Colleu. Ils nous chambrent parce que nous avons quand même terminé le championnat derrière eux cette saison-là (ndlr : Le Guen et Colleu étaient à Lyon).
Deux anciens Monégasques se retrouvent donc au PSG pour se faire chambrer par des anciens Lyonnais...
C'est bon signe. Cela veut dire que l'ambiance est bonne. Et si je peux vivre des années comme la saison 2003-04, je veux encore jouer au moins quinze ans ! Par contre, des saisons comme celle de l'année dernière, je ne suis pas sûr d'en faire beaucoup d'autres. Dans ma tête et physiquement, je l'ai sentie passer. Je vois les photos quand je suis arrivé à Paris et j'ai pas mal vieilli quand même (rires) !
A 30 ans, dix ans de carrière professionnelle derrière vous... Est-ce que vous réalisez l'ampleur du chemin que vous avez parcouru ?
Je suis un privilégié. Quand j'ai débuté mon métier, personne n'y croyait. On ne pensait pas que je pouvais devenir pro. J'étais frêle et tout petit. J'ai galéré, j'ai tout tenté, je me suis accroché... Je me suis forgé un mental qui me sert encore aujourd'hui. Ce que j'ai vécu, j'ai envie de le transmettre à certains jeunes. On dit toujours que le train ne passe qu'une seule fois et qu'il faut accrocher le bon wagon. Mais ce n'est pas vrai. Moi, il est passé un paquet de fois avant que j'arrive à monter dedans. Certains, à 13 ans, on leur a déroulé le tapis rouge et ils n'avaient plus qu'à le suivre parce qu'ils avaient les qualités, un talent naturel. Moi, j'ai dû le trouver ce talent car il était caché.